'ELARGIR SA BIENVEILLANCE

RALENTIS RESPIRE TOLÈRE EN TOI ACCUEILLE APPRENDS

NOTRE VERRE A MOITIE PLEIN

Je discutais donc. De notre façon de voir le monde, et à quel point notre filtre de perception pouvait influencer notre quotidien

ETRE MERE

Je sais que parfois, il est difficile de se vivre comme une mère. De remplir volontiers ses fonctions maternantes, d'écoute, de soutien, d'accompagnement... Je sais.

LIEN MERE-ENFANT

Lorsque l’on devient mère pour la première fois, nous sommes si fragiles, si pleines d’illusions et d’ignorance...

ASSEZ!

Intolérance. Critiques déguisées. Jugements gratuits. Injures et véhémences. Fermeture d’esprit. Rigidité. Égoïsme. Lâcheté. Indifférence.

vendredi 10 février 2017

COUP DE GUEULE


Je ne suis pas une personne très "tactile".
Quand je peux éviter de faire la bise, ou de serrer la main, je m'en passe allègrement.
Les gens qui ouvrent leurs bras, qui me serrent contre leurs cœurs, et bien, ça me met mal à l'aise.
Pourquoi? Et bien, c'est inhabituel pour moi et même si ce n'est pas désagréable, inévitablement, je me raidis.
Oui, je sais, tout cela manque de chaleur...

Pourquoi suis-je ainsi?
Et bien, tout simplement, parce que je n'ai pas appris à recevoir de l'affection de cette manière.
Et puis, les "mauvaises rencontres" existent et vous apprennent à garder vos distances.

Je n'ai pas de souvenir de moments tendres, de câlins avec mes parents.
Je crois que bébé, j'ai du recevoir des caresses, des embrassades.
Mais ensuite....
C'est le vide.
Peut être, est-ce arrivé, mais pas de manière suffisamment répétée pour que ça s'inscrive dans ma mémoire épisodique.
Par contre, les gifles, les fessées, les brimades et punitions, oui.

Je n'en suis pas morte.
Pas comme ce petit garçon, forcé de courir un soir d'hiver, nu avec son slip trempé d'urine pendant des kilomètres... Yanis, adorable enfant de cinq ans, tabassé à coups de poing et de lampe torche jusqu'à en briser la lampe. Et son crâne.

Non, c'est vrai. Je n'en suis pas morte.
On ne m'a pas brisé comme ce petit.

J'ai été aimé.
Mais lui aussi!
Ses parents vous le diraient.

Alors, au nom de cet "amour",  au nom de ce lien affectif parental, on peut faire du mal !?

Je n'ai pas été brisée, mais sérieusement fragilisée.
Si dans ma vie, on m'a agressée plusieurs fois, ce n'est pas un hasard.
Les prédateurs flairent les personnes vulnérables, les personnes "gentilles", ou plutôt "qui n'osent pas s'opposer" parce que le meilleur moyen de ne pas souffrir est de se fondre dans la masse, de se soumettre à celui qui domine et surtout, de se faire oublier.

Je n'en suis pas morte. Et des milliers d'enfants n'en meurent pas.
On ne fait qu'en guérir.
Mais le mal, et bien oui, il a été fait.
Et je ne suis pas la seule à vivre avec les séquelles d'une enfance où amour et violences ordinaires se sont mêlés.

Pourquoi avoir reculé face à cette loi contre la violence éducative ordinaire?
Combien de temps, allons nous laisser planer cette croyance dysfonctionnelle que l'on peut, que l'on doit "corriger" son enfant?
Lui porter atteinte physiquement, pour qu'il apprenne?! L'humilier? L'insulter?

C'est dur d'être parent.
On le sait.
Mais ça pourrait l'être moins,
avec des outils éducatifs transmis à tous,
avec une communauté parentale active, à l'écoute, étayante,
avec des règles claires pour tout le monde : on ne frappe pas un enfant! Point barre.
Une loi est nécessaire pour avancer tous ensemble sur ce chemin. C'est le premier pas.

Voilà, c'est mon coup de gueule de ce jour.
Je dis STOP !
Arrêtons de placer le respect de la vie privée avant le respect des droits de l'enfant.
Ce qu'on appelle "une vie privée" peut être l'enfer d'un enfant et le priver de sa vie.

Combien de temps?
Combien d'autres enfants tués?
Ouvrons les yeux!



Illustration: Pour toi, Yanis, 5 ans. Parce qu'avant de devenir un horrible fait divers : tu étais un petit enfant.

mardi 20 décembre 2016

JE SUIS DE CELLES...


Je suis de celles, qui possèdent dans leurs bibliothèques,
Catherine Gueguen, Isabelle Filliozat, Thomas Gordon, Jon Kabat-Zinn, Faber et Mazlisch, Jane Nelsen, Marshall Rosenberg, Céline Alvarez, Eline Snel, D. Siegel, Jeanne Siaud-Facchin, ....
Oui, tous ces spécialistes en communication non violente, en éducation bienveillante, en méditation pour enfants.
Ma tête est remplie de leurs principes positifs et encourageants auquel j'adhère.
Dans ma tête.
Mais dans mes actes, je suis de celles qui continuent de lutter.
Lutter tous les jours, contre ce qu'elles ont appris enfant.
Je suis de celles qui se retrouvent à crier, à menacer leurs enfants, à vivre ce lien affectif très fort qui nous ramène à notre propre enfance, nos blessures et nos défaillances et qui parfois se sentent dépassées et voudraient baisser les bras...

Je suis de celles, qui lisent avec inquiétude et intérêt les reportages, livres au sujet de l'impact de notre manière de vivre sur la Nature, sur notre planète...
Oui, je prends conscience que notre manière de consommer des objets, des vêtements, notre manière d'acheter, de nous nourrir, deviennent dangereuses pour notre écosystème. La nature est magnifique, complexe, mais aussi fragile.
Son équilibre délicat est impacté par nos actes du quotidien.

Pourtant, je continue d'acheter dans des supermarchés, je dépense pour mes enfants sans toujours réfléchir à l'origine ou la matière... Et même si je ne mange plus de viande, et préfère la qualité à la quantité, je me retrouve quotidiennement à jeter des emballages inutiles, ou à utiliser des lingettes parce que c'est "pratique". La tâche me semble si grande et c'est un changement titanesque...

Je suis de celles qui voient en chaque être humain, une personne. Je ne comprends pas ces problématiques de frontières, de différences de peau, de salaire, de sexe, de religion, de propriété...
A mes yeux, chaque être humain a de la valeur, une histoire, et une culture riche et contraignante.
A mes yeux, nous devrions tous pouvoir manger, et vivre décemment.
Nos frontières, au fond, nous les portons dans notre coeur. Elles sont comme des murs qui nous rassurent, certes, mais qui nous enferment aussi.
Mais, voilà.
Tout en sachant que des enfants crèvent de faim, tombent sous les coups, pleurent et souffrent, je suis de celles qui préfèrent oublier ce qu'elles ne voient pas...
Oublier l'horreur, pour continuer à vivre sans hurler.

Je ne crois pas au concept de coupable-victime... En nous, vivent le bien, comme le mal.
Je garde à l'esprit que je peux, comme un autre, moi aussi, pour des raisons qui me sembleront bonnes, faire de mauvais choix.
Et chaque jour, je me demande si je ne deviens pas coupable, parce que je ne fais pas davantage pour notre humanité...

Je suis de celles.
De celles imparfaites.
Qui voudraient tant pouvoir faire mieux.
Et qui, très certainement, ne font pas aussi bien qu'elle le pourrait.
Qu'elles le voudraient...

Pas assez pour toi, monde, si beau et si cruel...
Pas assez, mais un peu plus.

Un peu plus et sans cesse mieux.

Illustration: Comme cet arbre, grandir comme on nous l'impose, pour peu à peu, s'en affranchir et faire nos choix, malgré les risques, malgré les difficultés. Pour chaque acte, nous avons le choix.

mardi 25 octobre 2016

DERRIERE UN COMPORTEMENT INADEQUAT, UN BESOIN D'ATTENTION ?


Il y a quelques temps, j'étais assise à côté d'une jeune maman. Sa petite fille de trois ans, adorable petit bout de femme avec de grands yeux pétillants et des boucles blondes, arriva dans la salle et se précipita entre ses jambes. Elles se câlinèrent et s'embrassèrent comme si elles ne s'étaient pas vues depuis longtemps. La maman tout à coup, regarda le collant de sa fille.
" - Mais, tu as changé de collant!? Tu as encore fait pipi dans ta culotte?"
Et l'enfant d’acquiescer de la tête sans rien dire.
"- Tu sais ce que ça veut dire, n'est ce pas? Tu n'auras pas d'histoire ce soir."

Je la regardais perplexe. Elle avait dit ça sur un ton calme et la petite fille, n'eut pas l'air de réagir.
Était ce à cause du ton? Si calme, qu'on pouvait se demander si la maman était réellement en colère?... Pourtant, la punition avait tout de même été formulée.
L'enfant s'éloigna, explorant les alentours.
La maman me regarda et elle dut percevoir ma surprise car elle crût devoir se justifier.
"- C'est parce que, vous comprenez, elle est propre à l'école, avec la nounou, mais quand elle est avec moi et son père, "madame" refait pipi dans sa culotte. C'est clair qu'elle le fait exprès, donc on la punit..."
Je n'ai rien dit. Juste souri.
Je n'ai pas osé.
Car, même si je n'étais pas de son avis, qui étais-je pour me permettre de critiquer sa méthode?
Son enfant semblait épanouie, et surtout, une réelle affection les liait toutes les deux.

Cependant, il me vint ce souvenir: cet été, j'ai proposé à mes filles de travailler régulièrement sur des cahiers de vacances. Mon aînée avait besoin que je sois derrière elle pour l'encourager. Ma cadette se débrouillait très bien toute seule, jusqu'à ce qu'elle se mit à faire des erreurs. Au début, je crus à un manque d'attention, et je l'invitai à prendre davantage de temps, lui proposant des mises en applications que je savais qu'elle maîtrisait. Là, encore, elle fit plusieurs erreurs. C'est en reprenant avec elle, que je compris la situation: ma cadette faisait exprès de se tromper pour pouvoir bénéficier de mon attention à son tour.

Le besoin d'attention.

Voilà ce qui poussait ma fille à agir de manière excessive et inappropriée. Elle commettait des fautes, non pas contre moi, mais pour elle, pour obtenir mon attention. Pourquoi? Et bien, au delà de son possible sentiment de jalousie envers sa soeur, il est possible que, pour elle, l'attention soit une preuve d'amour.
Elle me voit consacrer du temps pour les études de sa soeur et elle l'interprète comme une marque d'amour.
Elle aussi veut être aimée!


Peut être que la petite fille de trois ans, elle aussi agissait ainsi par besoin d'attention...
Peut être, que "faire pipi" dans sa culotte lui permettait de profiter de l'attention de sa mère et tant pis si c'était de manière négative?...

Voilà ce que j'aurais peut être pu dire à cette maman... Mais je crois que j'étais trop dans un désir de lui faire changer d'avis, et donc dans la critique. En prendre conscience m'a permis de ne pas "mal réagir". J'ai préféré me taire que la blesser.

Pour ma cadette, je ne l'ai pas affronté directement sur le sujet. Elle aurait nié. Mais j'ai pris le parti de consacrer une pleine attention à ses réussites.Et j'ai joué le jeu de ses erreurs. Elle a fini par se lasser. Maintenant je sais que je dois écouter son besoin d'attention, même si elle a des facilités au niveau scolaire.

Je ne pense pas que retirer un temps d'histoire, de partage entre eux, à une petite fille en grande demande d'attention, l'encouragera à devenir propre avec ses parents.
Mais, parfois, mon fils aussi a des "petits accidents"et je n'ai pas toujours une réaction très calme et empathique... Même si je ne punis pas et le déculpabilise là dessus, il m'arrive quand même de râler...

C'est véritablement difficile, de se permettre de s'immiscer dans le mode de fonctionnement d'une famille, quand soi même, on n'est pas parfait.
J'aurai pu parler de ma fille. Partager ce genre de difficultés. Sans chercher à la faire changer d'avis, seulement l'aider à y voir plus clair, et à déculpabiliser...
C'est en tout cas, ce que j'aurai aimé faire.
Mais sur le coup, je n'ai pas réagi.
Je n'ai pas essayé.. 

J'ai encore du boulot ;)


Illustration: James Tissot, a reading story

samedi 1 octobre 2016

RETOUR




Quand on s’arrête d'écrire un certain temps, reprendre cet exercice est véritablement difficile. Laborieux.
C'est donc très laborieusement que je reviens ici.

Poser quelques mots.

Les jours d'été prennent fin.
Hier soir, je suis rentrée à pied de ma séance de yoga. Le doux bruit de la pluie m'enveloppait. L'air était tiède. La terre exhalait des parfums d'humus et dans cette nuit sombre seulement éclairée par les réverbères, mon regard s'est attardé sur les feuilles couchées par terre.
Elles ont fait leur temps.
Elles ont bien travaillé pour l'arbre.
Et maintenant, elles retournent à la terre.
Poussière...


Cette année mon fils est rentré à l'école maternelle.
Une période de ma vie prend fin.
Celle de leurs petites enfances.
En moi, un sentiment de profonde gratitude pour cette période si heureuse m'habite.
Quelle merveilleuse chance ai je eu, de pouvoir en profiter aussi pleinement!
Être là pour eux. Les accompagner dans leur quotidien. Leur apprendre.

Une saison en chasse une autre...
Je ressens une certaine nostalgie pour ce qui se termine...
Mêlée à une impatience pour ce qui arrive.

La mère que j'ai été avec mes bébés n'est plus.
Elle s'efface pour celle qui, aujourd'hui, marche en équilibre sur un fil entre leurs besoins et les miens.
C'est la vie, je crois.
Au rythme doux des saisons...

vendredi 15 juillet 2016

TENIR BON


Mon coeur est triste ce matin.
Toutes ces vies fauchées.
Fauchées par la haine.
Car il faut en avoir un sacré paquet de haine!!
Pour rouler sur des vacanciers en sandales, sur des êtres humains en jupe et gilet,
Sur des enfants heureux et bronzés, sur des bébés...

Folie...

Sur une autre promenade, face à la mer
Un autre feu d'artifice aux belles couleurs tricolores
Mon fils sur les épaules de mon mari
Les paumes de mes filles serrées dans mes mains.
Petite laine. Lune d'argent dont l'éclat caresse les flots si calmes.
Sable froid. Mais tant d'étoiles dans le firmament et les yeux de mes enfants.
Et soudain, cette nouvelle, plus assourdissante qu'un pétard.
"Attentat à Nice. Restez cloîtrés."

Petites étoiles éteintes...

Comment continuer à nous sentir en paix?
Toute cette année à vivre avec cette pensée : ça peut nous arriver....
Tous les matins devoir laisser ses enfants à l'entrée de l'école sans pouvoir les accompagner.
Toutes les semaines croiser des militaires, des armes, des regards scrutateurs.
Toutes ces fouilles partout, ces réglementations, pour tenter d'empêcher cette haine de nous atteindre, de nous tuer.

En vain.

Je pense aux familles, je pense aux témoins éclaboussés par l'horreur...
C'est partout,
C'est là où la joie et la fête résonnent...

Nous avons le droit d'être triste
Nous avons le droit d'être en colère
Nous avons le droit d'avoir peur.

Mais nous avons aussi le droit de tenir bon.
Nous pouvons le faire.
Nous pouvons continuer à laisser s'exprimer ce qui les dérange tant!

Notre liberté
Notre fraternité au delà de nos différences
Notre combat vers toujours plus de respect et d'égalité.
Notre bienveillance. 

Résistons!

mardi 12 juillet 2016

CONTRE LE SPASME DU SANGLOT, LE SOUFFLE


Quand mon fils avait neuf mois, environ, il lui est arrivé plusieurs fois d'être sujet au spasme du sanglot. 
Je me souviens notamment de la première fois:
je le changeais et il s'est fâché car en l'habillant, je l'empêchais de se saisir d'un flacon ouvert. Il s'est mis en colère en gesticulant et hurlant. Puis, tout à coup, il s'est arrêté de respirer, et il est devenu tout mou. J'ai senti la panique me gagner. L'instant d'après, il revenait à lui, mais je n'arrivais pas à m'en remettre, totalement ébranlée et angoissée.
Comment un petit bébé comme lui pouvait tout à coup s'arrêter de respirer??
Etait ce à cause de ses émotions? De sa colère?
Etait ce dû à une incapacité à surmonter son émotion ou à un trop plein d'émotion? Les deux peut-être...

Et surtout, question fondamentale: Comment l'aider?

En consultant mon pédiatre, j'ai été rassuré: à priori, mon fils n'était pas en danger. 
Sur internet, on peut lire tout un tas de conseils pour les parents: des petites gifles à donner à son enfant, ou l'eau froide sur son front, ou encore l'indifférence, attendre que cela passe, ne pas "céder au caprice"....
Toutes ces attitudes étaient pour moi inenvisageables.

A 9 mois, mon enfant ne fait pas un caprice, ne tente pas de me manipuler, il vit de manière intense, trop intense, une émotion désagréable : la colère.
Là dessus, j'étais au clair.
Alors, que faire?
Je n'ai pas attendu le prochain spasme du sanglot. J'ai cherché à prévenir la crise plutôt qu'agir au moment de la crise.
Puisque le spasme du sanglot, chez mon fils, était en lien avec la colère, j'ai décidé de travailler avec lui sur cette colère. Je lui ai appris à ne plus se couper de son souffle, à se recentrer sur le souffle.
Attentive à ses réactions de colère, quand j'observais que celle-ci montait, je prenais mon enfant dans mes bras et je lui disais " Respire, comme ça...".
Devant lui, pour qu'il voit bien ma bouche,  j'inspirais puis soufflais longuement, lentement. Fort, aussi pour qu'il entende bien mon souffle. Plusieurs fois.
Au début, il me regardait, sans agir. Puis, il s'est mis petit à petit à m'imiter.
Peu à peu, l'apaisement le gagnait. En le ramenant au souffle, je l'aidais à se réguler, dans mes bras, tout doucement..

J'ai aussi travaillé sur autre chose: sur ma propre colère.
Cet événement a été un déclic pour moi.
En tant que psychologue, j'avais souvent pu constater que les enfants peuvent être des éponges émotionnelles. Si mon enfant vivait une telle colère pour une frustration banale, peut être, que j'avais à me remettre en question, moi, sa mère. Me remettre en question sur ce que sa colère renvoyait de ma propre colère.
Il m'a fallu éclaircir plusieurs choses:

- L'origine de cette colère.
Je me suis rendue compte qu'il n'était pas facile pour moi d'élever un garçon. Que dans ma vie, inconsciemment, j'évitais de nouer des liens avec des hommes. Je sentais aussi que derrière ce comportement, sommeillaient beaucoup de pensées dysfonctionnelles: Je n'aime pas beaucoup la compagnie des hommes. Les hommes sont violents et insensibles. Je préfère les éviter.
Mais comment aimer de manière inconditionnelle mon fils, et continuer à "méjuger" les hommes??
Allais-je imposer à mon fils mes ressentiments contre le genre masculin? Ou changer progressivement et m'ouvrir ?
Petit à petit, j'ai modifié mon système de croyances. Les hommes peuvent être doux et sensibles. Ils peuvent enrichir mes relations. Ils sont importants et tout aussi doués de délicatesse et d'affection que les femmes. Mon mari et mon fils en sont les plus belles preuves, mais pas qu'eux..

- Ma propre gestion émotionnelle.
Le yoga et la méditation de Pleine Conscience m'ont beaucoup aidée et continuent de m'aider à réguler mes émotions.

Aujourd'hui, mon fils a trois ans. Quand il se met en colère, que cette colère gonfle, je lui rappelle: "Respire", et il le fait avec efficacité.
Aujourd'hui, je tolère de le voir se battre avec son père. Je comprends que pour lui, c'est un jeu nécessaire, que des siècles de guerre, ont forgé ce besoin.
Je le comprends et je n'ai plus cette crainte que cela lui retire sa gentillesse, sa douceur.
Quand mon fils me câline en posant sa tête avec confiance au creux de mon cou, je mesure tout ce que son existence a transformé en moi.
La gratitude déferle alors dans mon coeur.
Je le sers ce petit homme et je laisse l'amour, cet amour puissant, inconditionnel, nous envelopper.
Alors, oui,  je suis en paix.

Illustration: William Bouguereau, La mère et son fils

mardi 21 juin 2016

VIVRE ENSEMBLE


Un dimanche de Juin.
Au musée Marmottan.
Je suis avec mes trois enfants.
Une envie, comme ça de beauté, de douceur.
Et puis, il y a cette exposition sur l'art et l'enfant, qui me tente.
Mon fils de trois ans, se demande ce qu'il fait là. ça ne l'intéresse pas. Ici, pas le droit de courir, ni de crier. Mais la promesse du manège lui permet de tenir sans trop rechigner.
Mes filles, 5ans et demi et 7 ans, elles, sont ravies. Le musée Marmottan est un ancien hôtel particulier. Lustres, dorures, mobiliers,... Elles s'extasient. "Maman, on se croirait dans un palais de princesses..."
Elles admirent les toiles, avec légèreté. Ce qui les intéressent: les costumes de l'époque, les petites filles endimanchées. Morisot, Renoir, les couleurs chatoient et à leur regard, les scènes intimes peintes se révèlent familières. Elles aiment.
Dans la salle de l'exposition, un monde se bouscule. Mon fils dans les bras, je me faufile. Mes filles, se tiennent la main, elles regardent, mais comme moi, se sentent très vite oppressées. Et puis, une jeune femme souffle bruyamment et se met à râler, car à côté, on entend un bébé pleurer. "Mais qu'il se taise!" crie t'elle.
Immédiatement, une tension naît dans mon dos. Ce n'est pas mon bébé, mais je me sens concernée. Bien sûr, entendre un bébé pleurer, quand on souhaite admirer des œuvres d'art, peut agacer. Cependant, bien d'autres choses à cet instant perturbent le regard. La foule, qui se bouscule sans gêne. La chaleur, un peu oppressante... Enfin, je suis triste de mesurer ce que l'intolérance d'une personne peut modifier dans le comportement du groupe.Car d'autres regards fusillent les enfants présents. Chacun veut voir, et surtout veut mieux voir que les autres.
Qu'est ce que signifie, à cet instant, "vivre ensemble"?
Chacune de ces personnes, semble vouloir être seule. Tous se conduisent comme tel.
Être ensemble, est ce cela?

Que nous dit cette exposition, au fond? Que l'enfant a vu son statut évoluer, passer de l'enfant royal, seul représenté, à l'enfant choyé peint dans son quotidien. Que de l'indifférence générale, il est devenu centre d'attention, au point d'inspirer les artistes modernes, non pas pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il crée. N'est ce pas Picasso qui a passé sa vie, à essayer de peindre "comme un enfant"?

Qu'il ait été utilisé comme modèle à peindre, ou comme modèle pour peindre, l'enfant, au fond est resté  objet des aspirations artistiques, sociétales de son époque... Un modèle sublimé, suscitant une espèce de nostalgie pour cette "bienheureuse enfance", ou au contraire, réveillant les consciences...
Avons-nous changé?

Très vite las, nous quittons l'exposition. J'invite mes filles à descendre admirer les oeuvres de Monet.
La salle est presque déserte. Nous nous asseyons. Nous respirons.
Comme à chaque fois, je suis émotionnellement prise au coeur.
Monet me transporte.
Avec lui, les couleurs vibrent, appellent à la douceur, au lâcher prise.
Avec lui, je me souviens, que oui, tout est là. Juste là.
Cette beauté dans le monde.
Ce virtuose du pinceau a choisi des "petits" sujets, ordinaires. Nous sommes loin des peintures religieuses, mythologiques, des portraits de grands hommes. Non, ici, l'homme nous raconte une petite fleur, un bord de rivière, une aube.
Notre œil entre alors dans un poème. L'instant est sublimé. De sa fugacité, nous en percevons quelque chose. Et que voyons nous? Une harmonie naturelle, baignée de lumière. Le monde selon Monet.
Monet est davantage un spécialiste de la Nature, que des portraits. Mais il est l'artiste qui me réconcilie le mieux avec l'humanité.
J'ai proposé à mes filles de faire le tour des œuvres, pendant que je restais assise avec leur frère.
Mon regard, ému, les a accompagné dans leur découverte des glycines, des nymphéas, des iris...
Vision touchante: mes filles dans leur petites robes d'été, leurs cheveux blonds relevés, tournoyant face aux nymphéas.
Je crois que Claude aurait apprécié...
Ces petits pas légers, cette spontanéité.
Le"Vivre ensemble", semble tout à coup, moins oppressant.
Si même dans un lieu publique, parce que l'être humain est un bébé, un enfant, il n'est pas toléré, alors, comment concevoir une société fraternelle et respectueuse des différences??
Les gens payent pour voir des enfants en peinture. Ils les admirent, ou tout au moins le talent de l'artiste à travers eux. Froide et immobile vision de petites personnes disparues.
Mais, un enfant, en vie, devient gênant, parce que bruyant, parce que vivant...
Paradoxal, non?
Suis-je trop dure envers les intolérants?
Vivre ensemble, doit-il se construire dans un monde d'adultes seulement?
Pourtant, où commence ce "vivre ensemble", si ce n'est déjà dans l'enfance, au sein d'une famille?...
Accepter les différences, tolérer ce que nous ne comprenons pas toujours, est ce que cela ne devrait pas se travailler précisément là?

"Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité."Déclaration universelle de l'homme

Sans cette fraternité, cette nécessité de lien, peut être pas toujours affectif, mais tout au moins moral, comment espérer vivre ensemble?


Illustration: La boxe, Maurice Denis, 1918.

mardi 14 juin 2016

LA PETITE DAME AU LANDEAU


Elle monte et descend la côte en lacet, tous les jours de la semaine;
A bout de bras, un vieux landau transportant deux petites frimousses.
Une petite fille aux boucles brunes trottine à ses côtés.
Elle courbe le dos. Avance lentement.
Elle a l'âge d'être grand-mère.
Elle est nounou.

Chaque jour, en revenant chez moi, je la croise et nous nous saluons.
J'ai repéré sa maison. Et son mari.
Un vieux bonhomme un peu étrange, qui sort de chez lui en pantoufles, ou en short. Même en hiver.
Elle, je l'aime bien.
Je la vois promener ces petits enfants qu'elle garde. Pleine d'attention pour eux.
Elle devrait être à la retraite.
Mais, non, elle travaille. Tous les jours.
S'occuper de touts petits exige beaucoup d'énergie, de patience et de don de soi.
Pour l'avoir vécu moi-même, je comprends l'effort que cette femme fournit.
Tous les jours.
Oui. Je l'admire. Profondément.
Elle fait partie de ces personnes un peu hors du commun, qui ne se dévoilent qu'à un œil observateur.
Parce qu'elles se fondent dans la masse.
Banale? Oui. Banale et exceptionnelle.
Je tombe parfois sur son mari, souvent en train de flâner, un peu ailleurs...
Et en moi-même, je me dis, que, sans doute, elle travaille pour eux deux.
Quel courage!
Et puis, un après-midi, de retour d'école, je la croise alors qu'elle quitte sa maison avec les enfants. La petite fille est en train de rire aux éclats, devant les grimaces du vieux mari, à moitié caché derrière la porte.
Surprenant, mon sourire attendri, la nounou me sourit à son tour et me lance au moment où nous nous croisons:
"- C'est mon mari, vous savez?"
"- Ah oui? , ai- je réagi poliment.
"- Oui. Il a été le premier homme. Le seul homme."
Quelque chose dans sa voix, ce mélange de fierté et de tendresse qui en dit si long sur eux, en si peu de mots... Si peu de mots. Me frappe au coeur, tel un éclat de lumière.
Je m'arrête, interdite par cette confidence. Dans son regard, je les vois, ces étoiles.
Elle rajoute.
"-Et ça fait quarante ans que ça dure... Lui et moi. Quarante ans. Toute une vie."
Je lui ai  communiqué ma première pensée.
"-C'est très romantique."
Son sourire s'est élargi. Oui. Romantique.
Balayés les  conflits, les âpretés du quotidien.
Romantique, est le mot qui reste.
Le mot de leur histoire.

Si je raconte aujourd'hui, cette anecdote, c'est pour lui rendre hommage, à cette petite dame.
J'ai reçu les quelques mots de son histoire, comme une belle confidence.
Je sais, oui, que des personnes partout dans le monde, souffrent,
Des gens sont fusillés.
Mais, notre monde n'est pas un monde fait de cette seule souffrance.
Notre monde ne tourne pas seulement autour de la violence.
Il ne le doit pas.
Elles sont là, aussi.
Ces personnes qui portent en elles cette magnifique capacité d'amour.
Qui aiment.
Elles sont là.
Et elles créent un monde de toute beauté.

Illustration: Le vieux couple, Mario Giacomelli.

vendredi 20 mai 2016

UNE VIE AVANT LA VIE






Il y a quelques jours, mon fils a effectué sa petite matinée d'intégration à l'école maternelle.

L'année prochaine, il rentre en petite section.
Il devient grand.
Je l'ai vu faire de grands efforts pour être ce grand garçon, qu'on attend de lui.
Il m'a laissé volontairement sa tétine, son doudou.
Il s'est éloigné et quand je lui ai dit que je partais, il m'a fait un signe de la main, avec le sourire.
A ce moment là, je me suis sentie à la fois admirative, et soulagée.
Il me montrait qu'il était prêt à ce nouveau changement dans sa vie.
Un grand garçon.

Le soir, à l'heure de la douche, mon fils me questionne. Il est dans une grande période de pourquoi.
Par exemple, il est content d'être un garçon. Apparemment, faire pipi debout, le réjouit. Et comme ses soeurs aimeraient bien aussi, mais....( Bon, on sait que c'est différent ;)), il en est d'autant plus satisfait.
Voilà un truc, qu'il peut faire et pas elles!
Par contre, ce qui le réjouit beaucoup moins, c'est cette histoire de lait dans les seins...
Comme il me questionnait sur la différence entre la poitrine de maman, et celle de papa, je lui avais expliqué que les mamans avaient une poitrine gonflée, car elles produisaient du lait pour le bébé.
Pas les papas.
Il était furieux. Lui aussi, voulait des seins qui donnent du lait!

Ce soir là, il me questionne sur les bébés dans le ventre.
Autre déception pour lui, un papa ne peut pas avoir de bébé dans son ventre...
Il me touche le ventre et me dit vouloir retourner dans mon ventre.
Et là, il me regarde et me sort :" Moi, étais bien dans ton ventre, maman."

Une drôle d'émotion m'a saisie le coeur...
Je sentais qu'il me disait là quelque chose d'important.
D'abord, et bien, que grandir, au fond, ça fait peur.
Et puis, que cette vie là, dans le ventre, était bonne.

Je ne lui ai pas dit, que c'était bien ou pas bien de penser cela.
J'ai accueilli ce que j'ai ressenti comme une espèce de nostalgie.
Et je lui ai répondu doucement, que moi, j'ai été heureuse de le voir, de le rencontrer enfin...
La soirée s'est poursuivie tranquillement.

Mais cet échange m'a plongée dans un questionnement existentiel.
On oublie.
On oublie qu'il y a eu cette vie là, avant notre naissance dans ce monde.
Une vie dans un ventre.
Une vie où nous avons connu autre chose que cette réalité.
Nos besoins organiques étaient comblés.
Et c'est étrange de se dire, que nous aurions pu passer ces neuf mois, comme dans un profond sommeil, mais, non, nous avons été éveillés. Nous avons bougé, joué, suçoté. Exploré, ressenti?
N'est ce pas mystérieux?
Nos sens en ont capté quelque chose. Notre cerveau en a inscrit une trace en nous.
Oui, il y a eu cette vie.
Une vie avant la Vie.
Et puis, nous l'avons quitté.
Nous sommes nés.

Et tout ce qui a pu être vécu, a été oublié.

Mais peut être pas tout à fait....
Peut être pas tout à fait.

Illustration: La réponse imprévue de René Magritte, 1932.
 


mardi 10 mai 2016

MENAGE DE PRINTEMPS



J'adore ça.
Me dire que je vais faire de la place, que je vais m'aérer l'existence en secouant une bonne fois pour toute la poussière de ce qui traîne dans ma vie et m'étouffe.

Ouvrir mon armoire et faire un peu le vide dans tout cet inutile, qui s'entasse.

Je me rends compte que la plupart des objets qui m'entourent, sont superflus et ne font qu'encombrer ma vue.
Accepter de se séparer de ces amoncellements de "on ne sait jamais, ça pourrait servir un jour"


Et puis, il y a aussi toutes ces relations qu'on s'impose, et qui nous polluent l'esprit parce que ... "prise de tête".
Vous savez...
 Ces personnes toujours en train de brandir la carte de leur souffrance pour activer chez nous notre empathie, notre désir de les aider, et finalement, on se retrouve pris au piège de leur mal être...
Ils nous pompent notre positivité, notre énergie, et nous nous surprenons à nous préoccuper de ce qui, au fond, n'est pas notre vie, ne sont pas nos choix.

Et ces êtres humains qui se croient obligés de briller, physiquement, intellectuellement, ou socialement, pour prouver aux autres qu'ils ont raison des choix qu'ils font tous les jours, indépendamment de ce que cela peut coûter à leur entourage. Ils s'étonneraient presque d'être admirés! Alors que ce sont leurs demandes incessantes d'être nourris narcissiquement qui amènent tant de "bonnes poires" à se dévouer pour eux. Là aussi, nous finissons par nous surprendre à agir pour eux, de manière irrationnelle, et délétère pour notre propre bien être.

Quand j'en prends conscience, (car on ne s'en rend pas toujours compte, n'est ce pas? ) on croit que c'est normal, que c'est sans doute, notre faute... On pense être maître de nos pensées alors que nous sommes manipulés.
Quand je prends conscience de cet aspect vampirique de certaines relations, alors, oui, je fais le ménage.

Illusions! Illusions!

Mes amis, faîtes attention quand vous sentez un pouvoir d'attraction, au contact de certaines personnes!
Qu'elles vous attirent parce qu'elles brillent ou parce qu'elles pleurent....
Faîtes attention à ne pas plonger dans vos illusions. 
N'oubliez pas.
Les personnes sincères et vraies partagent réellement avec vous.
Elles ne font pas que prendre, elles donnent réellement et sincèrement. Elles ne font pas que remercier, elles s'investissent elles aussi, pour vous.
Au fond, vous n'avez pas à vous sentir attirées par elles, juste à vous sentir bien.
La réalité est là.
Dans ce vécu de bien être.

Comme dans une maison nettoyée et rangée. Où les objets sont là pour l'embellir et vous être utile. Pas pour vous encombrer.

Oui, j'adore ça.
Le ménage de printemps.

Faire le tri dans ma vie.
Revenir à l'essentiel. 
Et me dire que ce que je libère de place en terme de temps, d'énergie, sera là pour des personnes qui, je l'espère, m'aimeront moi, et pas ce que je leur donnerai.



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