jeudi 6 mars 2014

GROSSESSE ET NAUSEES

                                        

Troisième grossesse. Je passais le cap des six semaines avec appréhension, mais une fois la « fameuse semaine fatidique » derrière moi, je m’apaisais. J’allais enfin poursuivre ma grossesse !

Au fond de moi, je sentais grandir une grande joie. J’étais même confiante au point de ne pas attendre les fameux trois mois de grossesse, pour l’annoncer à mon entourage. J’étais motivée, prête à entrer dans cette « magnifique aventure » qu’est la grossesse. 
Mais très vite vinrent ces fameux symptômes, dits sympathiques. La fatigue. Oui.
Mais surtout, les nausées.
Pour certaines, les nausées restent supportables, ou même sont inexistantes. Je n’ai pas eu cette chance. A ce jour, après trois grossesses, trois  trimestres  de nausées, je le dis en toute franchise : je n’ai rien connu de pire. 
Pas même l’accouchement.
L’accouchement, pour moi, ce fut une douleur extrême, avec cette sensation d’être littéralement déchirée de l’intérieur. Une douleur qui déferle et submerge notre corps, notre tête. Mais c’est une douleur par vague… Elle varie et surtout, il existe un soulagement : la naissance de notre enfant. Et entretemps, le corps médical peut nous aider, grâce à la péridurale !
Alors que les nausées… En tout cas, celles que j’ai, moi, vécues…
Pendant trois mois entiers, douze semaines, voire plus, je me levais le matin avec des hauts le cœur et vomissait plusieurs fois dans la journée. La nausée, je l’avais en continu. Et avec une intensité élevée, en fonction des odeurs environnantes et de mon état de fatigue. 

Qu’est ce qui me soulageait ? 
Rien. 

J’ai tenté de lutter contre. Lors de ma première grossesse.
Qu’est ce que j’ai essayé ?
-          -La fameuse biscotte au lit avant de me lever
-         - Les aliments acides comme les agrumes, ou le gingembre
-        -  L’homéopathie
-         - Les médicaments
-         - L’acupuncture
-          -Le psy
Rien n’a marché.
C’est terrible de s’entendre dire par votre gynécologue, par votre mère, vos amis que c’est dans votre tête !...  «  Ce n’est pas normal, vous devez trop stresser », « Arrête de stresser et ça ira mieux. » «  Ce sont tes angoisses qui te font somatiser »…
Mais bien sûr… En gros, j’étais seule responsable de mon état. C’était de ma faute. 

Non. Ce n’était pas de ma faute. 
Et ce n’est pas non plus de la vôtre. 
Et je vais vous faire gagner du temps et de l’énergie : ne cherchez pas le pourquoi.
C’est une épreuve à traverser. Terrible, c’est vrai. Mais elle a une fin. Et une fin plutôt heureuse. Concentrez-vous sur un objectif : vous distraire et vivre un jour à la fois, avec humilité. 
Votre corps vous crie qu’il souffre ! A vous de lui imposer l’idée que cette souffrance est utile. 
Tout vous dégoûte ? Et bien oui, votre instinct de protection est en branle. Votre embryon est fragile, votre corps cherche à le protéger. 
Oui, mais là c’est trop ! C’est vrai, c’est trop et personne ne peut le comprendre à moins de l’avoir vécu. 
Courage !
Surtout ne luttez pas contre. Je l’ai fait et mes nausées m’ont submergées : je passais mes journées seule chez moi à vomir et à dormir, complètement déprimée. Je pleurais de colère et de tristesse, parce que j’avais l’impression que ma grossesse était gâchée. 
J’en voulais à mon corps de ne pas être comme celui des autres femmes. 
J’en voulais au corps médical de ne pas s’être penché sur ce symptôme et de laisser les femmes enceintes dans la souffrance.
J’en voulais à mon bébé d’exister dans mon ventre et de me faire si mal. 
J’en voulais à mon mari de devenir comme moi parent, sans avoir à subir cette terrible épreuve. 
Et je m’en voulais à moi-même de ne pas réussir à maitriser la situation, à améliorer mon état, à être continuellement dans la plainte. 

En fait, il n’y a rien à faire. Juste à l’accepter. C’est ce que j’ai fait lors de mes grossesses suivantes, avec tout de même la certitude, parce que je l’avais vécu une première fois (ça aide), que mes nausées s’estomperaient au cours du deuxième trimestre. 
J’ai continué à vivre dans mon quotidien, à fréquenter mon entourage, à aller au travail, à partir en vacances, à sortir. Tout était différent, car tout était vécu dans la souffrance, dans le dégoût, mais le fait de l’accepter m’a aidée à mieux le vivre. J’ai pris ma douleur avec moi comme un boulet qu’on traîne, qui vous ralentit mais, qui ne vous enchaîne plus et j’ai continué ma route. 

Prenez autours de vous ce qui peut vous faire du bien : lire des romans palpitants, écouter de la musique, ou au contraire le silence, voir vos amies, manger, dormir, respirer l’air de la nature. Ouvrez vos fenêtres, aérez vos pièces, faîtes le ménage.
Mastiquer, peut apaiser. Alors allez-y : pain, pâtes, riz, graines de tournesol. Sans gras, ni épices.
Vomir peut soulager sur le moment. Préparez-vous y, au calme, dans un endroit propre, avec de l’eau à portée de main.
Pour ma troisième grossesse, j’ai même eu une hypersalivation. Je passais mon temps un mouchoir, un carré de serviette à la main, que je mettais à ma bouche pour retirer l’excès. Je ne supportais pas l’idée de cracher. Je devais du coup boire énormément. 

Ces épreuves ont été très dures, mais elles m’ont aussi beaucoup appris sur moi-même. J’ai appris que je possédais des ressources intérieures. J’en suis sortie plus forte. J’ai appris aussi qu’on ne peut pas trop exiger des autres. Chacun fait de son mieux.
En tout cas, c’en était fini de l’image idéale de la femme enceinte épanouie ! La grossesse est une transformation totale qui ne se fait pas que dans la joie et le bonheur. Elle se fait aussi dans la douleur et l’imprévu. Ce fut une sacrée leçon de vie.


Illustration: Léonard de Vinci. Étude anatomique de l'embryon humain. (Licence Commons)
                                                       

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