jeudi 20 novembre 2014

OUVRIR LES YEUX




Où se localise la douleur?
Quand on a mal.
Quand vos souffrances morales prennent place dans votre corps.
Quand certaines pensées vous blessent, et que vous sentez bien que vous souffrez...
Pour ma part, je sens la douleur dans mon ventre, mais aussi dans ma gorge, jusqu'à ma langue.
Sensation très désagréable. Mélange de dégoût et de crispations.
A cause de pensées.
D'une prise de conscience.
De lucidité.

Mon dernier billet parlait d'un livre que je viens de lire." La fabrique du monde", de Sophie Van der Linden

Et hier, ce film sur Arte...
D'habitude, je ne regarde pas trop le petit écran, mais ce soir-là, j'ai eu envie de me pelotonner dans mon canapé avec une soupe chaude et un bon film.
Et je tombe sur ce film de toute beauté " La petite Venise", sur Arte
Une amitié contrariée entre un vieil italien pêcheur et une immigrante chinoise, que l'amour de la poésie rapproche. Les conditions de vie de cette chinoise m'ont terriblement touchées, car j'y trouvais écho à ma lecture récente.

Et mon mari, qui me parle de suicides collectifs dans les usines en Chine... Et que pensez-vous que les autorités aient trouvés comme solution pour faire cesser ces suicides ?
Ils ont fait mettre des filets aux fenêtres... Pour les dissuader de sauter.

Il y a trois jours, je m'en fichais totalement des usines en Chine.
Je ne pensais pas aux ouvriers chinois.
Et c'était très bien.

Alors pourquoi, cette prise de conscience douloureuse?
Pourquoi maintenant??

Alors que nous approchons de Noël... Et nous savons tous où sont fabriqués les jouets...
Qui sont les "petits lutins" du Père Noël...

Depuis ce matin, j'y pense...
Parce que maintenant, je suis consciente, que pour que nos enfants puissent éprouver la joie d'ouvrir leur cadeaux de Noël, il aura fallu que des petites mains laborieuses  y travaillent jour et nuit, dans des conditions épouvantables, sans pause, mangeant leurs nouilles debout, en silence, dormant à l'usine, pour un salaire dérisoire dont la grosse majorité partira pour nourrir leur famille, si ce n'est pour rembourser des "dettes"...
La déshumanisation est le pire fléau.
Et tout en retirant laborieusement les attaches des jouets de mes enfants, je sais que je vais penser à eux.
Autant d'histoires, de mondes individuels que je ne connais pas, mais que ces jouets lient à moi.

C'est vrai, je pourrais passer outre, et ne pas y penser.

Je pourrais réagir avec fatalisme et me dire que je ne peux pas changer le monde.
C'est vrai, ça aussi.
Car je ne vais pas retirer à mes enfants leur bonheur parce que les "lutins" sont maltraités à l'autre bout du monde... Est ce leur faute?

Où se localise la douleur? Quand on a mal?
En nous-même.
Dans notre corps, dans notre tête, dans notre coeur.
Soit je fuis cette douleur, soit je l'accepte.
Je peux accepter ce qui est, l'admettre, retirer mes œillères et me réjouir de mes conditions de vie bien meilleures.
C'est déjà  un premier pas.
Je peux ensuite, tenter de trouver ma solution, qui apaisera mon sentiment de révolte, mon hurlement intérieur et déjouera mon sentiment d'impuissance dont je me méfie.
Je ne peux pas prendre ma cape de superhéros et partir les sortir tous de ces fabriques...
( Une cape "made in china", bien-sûr ...)
Mais je peux chercher une association qui sur place les aide et donner un peu de cet argent que j'économise en achetant "made in China", au lieu de "made in France"...

Et maintenant?
Je suis consciente de ce qui m'attriste.
Je l'accepte.
Et
Je garde à l'esprit que ce n'est pas si loin de moi, que d'une certaine façon, je suis liée à cette réalité.
Alors, je les aide, à ma petite mesure.
Un grain de sable...
Une larme du coeur.
Qui m’apaise un peu et adoucira un temps soit peu, leur vie...
Je l'espère.



Illustration: Photo prise par Michael Wolf dans une usine chinoise de jouets 

2 commentaires:

Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

Je suis d'accord, Stéphanie sur le fait qu'il nous faut agir en fonction de notre conscience. Mais parfois, pour agir, il faut auparavant, réactiver cette conscience, et prendre conscience, même si c'est désagréable.
Et perso, ça ne me pose pas de problème d'acheter des jouets, made in Chine, ce qui m'en pose, ce sont les conditions de travail lamentables des ouvriers en Chine.
La mondialisation est une réalité que j'accepte.

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