samedi 6 décembre 2014

ACCIDENT DE VIE



Parfois, on croit que certains événements nous arrivent tel des coups d'épées du destin ...
Des coups durs qui nous font vaciller et choir de nos belles certitudes.
Est ce seulement cela?
Je ne sais pas...
Je ne pense pas.

Il m'est arrivé ce qui arrive à des milliers de personnes.
Et bien sûr, il y a eu des conséquences.

C'était une matinée d'automne 2012.
J'étais enceinte de mon fils. Une grossesse difficile et fatigante, mais aussi épanouissante et heureuse.
Mon bébé n'avait qu'à peine six mois dans mon ventre. Je le sentais bouger, vivre en moi et malgré les douleurs de mon corps, j'étais comblée par cette vie qui grandissait et bientôt serait là.

Mon aînée était entrée à l'école, et je la récupérais le midi. Je conduisais notre petite 206, ma cadette d'à peine deux ans à l'arrière et, moi et mon gros ventre au volant.
La route, je la connaissais par coeur, toujours la même. Je montais la côte en lacet, sans hâte, quand elle a surgi.
Une voiture sortant d'un immeuble. Elle ne m'a pas vue, et a foncé sur moi.
Collision latérale.
Le choc.
Malgré le bruit fracassant de la tôle, je n'ai pas réagi sur le coup.
La surprise m'a clouée sur mon siège et j'ai continué à conduire quelques secondes avant de comprendre que:

- 1° / Il y avait eu un accident
- 2° / J'étais concernée par cet accident puisque je venais de me faire percuter par un autre véhicule
- 3° / C'était grave, donc, je devais me ranger immédiatement et constater les dégâts.

Silence dans la voiture. Un coup d'oeil inquiet vers l'arrière. Sourire de ma petite fille.
- Boum maman?
- Oui, chaton, "boum!". On va regarder ça.

Je sors, et je fais le tour de ma voiture. Et là, je découvre tout le côté avant droit de ma voiture explosé. Je ne peux plus ouvrir la portière passager. Mais le coté arrière, celui de ma fille ça va... In extremis.
IN EXTREMIS !!!
A cette pensée, j'ai senti les battements de mon coeur s'intensifier. Et une sueur froide me couvrir le dos. J'ai vite sorti ma fille et je l'ai prise dans mes bras,la tâtant pour m'assurer qu'elle n'avait rien...
J'ai téléphoné à mon mari et après s'être assuré que nous allions bien, il m'a indiqué la marche à suivre, insistant sur l'importance de faire remplir le constat aussi par le responsable de l'accident.
J'ai pris un constat et je me suis dirigée à pied vers le lieu de l'accident.

Sur le chemin, j'ai glissé sur des feuilles mortes mouillées et j'ai failli m'étaler sur le sol, ma fille dans les bras. J'ai eu juste le réflexe de me pencher en avant pour percuter le sol avec mon genou droit.
C'est pas mon jour aujourd'hui...
Voilà ce que je me suis dit. Et j'ai senti les larmes affleurer. A fleur de peau.
Pas maintenant. Pas devant ta fille. Il ne faut pas la traumatiser.
Je me suis redressée et j'ai continué prudemment.
Arrivée à l'endroit de la collision, je découvre la voiture responsable avec son avant complètement défoncé et la conductrice, une jeune femme d'une vingtaine d'années, hystérique.
Je l'aborde et immédiatement, elle m'agresse.
- Comment ne l'avais-je pas vu? 
- Pourquoi ne m'étais je pas arrêtée? 
- N'étais je pas folle de rouler à cette vitesse??
Je n'en croyais pas mes oreilles.
Selon elle, j'étais responsable...
Au début j'ai voulu me défendre, lui répondre du tac au tac. Déterminée, je lui ai proposé d'appeler la police.
Mais rapidement, j'ai compris qu'elle camperait sur ses positions, et ne décolérerait pas. Elle était tellement convaincue de son bon droit, que je me suis mise à douter...
Et pendant ce temps, elle se lamentait sur son retard au boulot, sur sa voiture foutue...
Effarée par son inconscience, par ses préoccupations matérielles, j'ai noté en moi-même qu'elle était sous le choc. Je me suis calmée et ai acquiescé pour l'apaiser. Je ne voulais pas de drame devant ma fille. Juste en finir avec elle.
Alors, je me suis concentrée sur le constat à remplir. Il était important pour moi que cela soit fait.
Heureusement, le fiancé de la jeune fille est arrivé et a compris la situation. On s'est trouvé un café à côté et on s'est installé pour remplir les papiers. A force de mots apaisants et de la serrer dans ses bras, il a réussi à la calmer et nous avons pu signer le constat en bonne intelligence.
Mais pas une seule fois, elle ne s'est excusée. Pas une seule fois, elle ne m'a montrée qu'elle prenait conscience de son inattention et des conséquences que cela aurait pu avoir sur ma fille, sur mon bébé...
Focalisée sur elle, sur ses problèmes, recroquevillée sur sa souffrance, elle n'était tout simplement pas capable de lucidité, et encore moins d'empathie à mon égard....

J'ai repris ma voiture, j'ai récupéré ma fille à l'école et ce n'est que quand mes enfants se sont endormies pour la sieste que je me suis mise à pleurer.
Je n'en finissais plus de pleurer. 
J'avais eu si peur, pour ma fille, pour moi... 
Et cette "hystérique" qui m'avait agressée verbalement... J'avais l'impression d'être passée sous un rouleau compresseur.
Autour de moi, on me conseilla de reprendre très vite le volant, afin de ne pas développer une phobie de la conduite.
Et c'est ce que je fis.
Mais quand quelques semaines plus tard, ma gynécologue m'examina, ce fut la panique.
Mon col s'était ouvert. Le bébé ne survivrait pas à un accouchement aussi précoce...
Il fallait m'hospitaliser. A force de la supplier, j'ai obtenu de pouvoir rester chez moi.
Mais, immobilité forcée. Plus question de voiture. Plus question de déplacement. Plus question de rien, sinon rester allongée à attendre que les journées passent...
Gros coup dur.
Pour tuer le temps, et mon angoisse, je surfais sur internet, et c'est là que j'ai découvert les blogs. Lire d'autres vécus que le mien. Découvrir des points de rencontre et des soutiens.
Ce fut la première conséquence positive à mon accident.

Je m'en rends compte maintenant.
J'ai attendu, longtemps, un coup de fil de la conductrice.
Un signe de sa part, des excuses, je ne sais...
Un geste humain?
En vain.

Cette histoire remonte à deux ans. Mais depuis, je ne conduis plus.
Ma voiture a été réparée, entièrement prise en charge par l'assurance. Je n'étais pas fautive.
Mon fils est né à terme, en bonne santé. 
Ma fille n'a pas manifesté de signes d'anxiété en voiture suite à notre accident.
Mais, je ne veux plus conduire. Je ne me sens plus en sécurité.
Du coup, je ne vais plus dans les centres commerciaux, alors, on peut dire que je consomme moins.
Je prends les transports en commun, et je marche énormément. On peux dire aussi que je prends soin de ma santé et de mon environnement.

Toutes ces conséquences positives me correspondent davantage finalement.
Aujourd'hui, je peux dire que grâce à mon accident, je mène une vie plus "saine", mieux en accord avec mes convictions.

Si je vous raconte cette histoire aujourd'hui, c'est pour vous dire ceci:
Gardez espoir !! 
Envers et contre tout.
A tout malheur, arrive quelque chose de bon.
C'est vrai, j'ai failli perdre mon fils... Et je suis maintenant dans l'évitement de la conduite... Mais d'autres choses, de bonnes choses, plus discrètes me sont arrivées.( Ce blog par exemple, que j'ai créé.)

Il me semble, que certains événements nous arrivent comme ils arrivent à des milliers d'autres..
C'est ensuite à nous d'en tirer le meilleur...
De faire de notre mieux pour en dénicher les aspects positifs.
Car n'en doutez pas, ils existent.
Ils existent.

Illustration : le poète Christian Bobin par Catherine Hélie.

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