jeudi 12 mars 2015

A LA PLACE DES TAPES ET CRIS, LA BIENVEILLANCE.



Ce matin, je finissais de me préparer avant de sortir pour la ludothèque.
Mon fils( 2 ans), au lieu de jouer à côté, n'arrêtait pas de me solliciter, il tirait sur mon pull, essayait d'attraper mon parfum, ouvrait mes boîtes de produits, ...
Le message était clair: "dépêches-toi maman! Je m'ennuie moi, en t'attendant..."
Je me dépêche, je me dépêche, ...
Puis je l'invite à sortir, je lui enfile ses chaussures, son manteau, et je lui propose d'aller jouer dans le jardin, le temps de réunir mes affaires et de fermer la maison.
Je prends mon sac, smartphone, clés, une couche propre au cas où, et je le rejoins dans l'atelier.
Il s'est assis dans la poussette et râle.

- Non. Tu marches ce matin, c'est à quelques mètres.

Il se redresse, mécontent, et tout à coup, il prend le carton des jouets d'extérieur et se met à tout renverser ...

- Et bien bravo! Il faut tout ramasser maintenant!

Il refuse, la mine fâchée.
J'ai alors sentie la colère m'envahir
C'est pas vrai!... Je me dépêche exprès pour lui, et Monsieur fait maintenant des histoires au moment de partir!
Vous voyez, déjà, là, j'étais dans l'interprétation et le jugement.
Mon fils, à mes yeux faisait un caprice
Mon fils à mes yeux, m'attaquait, m'énervait exprès
Ma colère, forte de mes pensées négatives, a amplifiée
Alors, j'ai explosé. Je me suis mise à crier : "Tu ranges tout de suite!"
Il a rétorqué "Non! "et s'est éloigné pour me tourner le dos à quelques mètres.

- Tu ranges, sinon, je te punis!

La menace. Et le punir de quoi? Aucune idée. Mais sur le coup, tout ce que je voulais, c'était qu'il m'obéisse. Et tout de suite. 
Il n'a pas bronché.

- Je compte 1...2....3...

Il ne bronchait toujours pas, et de mon côté, je sentais toujours cette colère qui me submergeait...
La colère. Emotion forte. Intense. Désagréable. Mais qui nous fait aussi nous sentir tellement vivant. Tellement puissant.
Alors je l'ai pris sous les bras et je l'ai ramené devant ses jouets. Je l'ai posé assez brutalement sur son banc à côté.
Et là, j'ai vu son visage. Son expression de colère et de tristesse mêlée. Mais aussi de peur.
N'était-ce pas ce que j'avais cherché à provoquer chez lui, en criant, en le menaçant de punition, en lui imposant de revenir? Ne venais-je pas de lui montrer mon pouvoir sur lui? Et ma volonté de le faire plier ?
Oui. J'ai regardé mon fils, intensément. J'ai marqué ce temps d'arrêt.
A qui tu parles, là? Est ce que tu t'entends?!
C'est une personne, un être humain. Ton enfant. Tu veux qu'il range ce qu'il vient de déranger, Ok, mais est ce une raison pour lui parler avec violence, pour le menacer? 
Tu as interprété son comportement comme mauvais, comme inacceptable.
N'es-tu pas dans ta colère en train de le déshumaniser, en te focalisant sur ce comportement, précisément?
Respire. Ralentis.
J'ai respiré un bon coup. La colère a commencé à diminuer.
Ce n'est pas à cause de lui, que je suis en colère. Mais parce que j'ai tout de suite pris son comportement comme une agression, contre moi. 
Peut-être, que son comportement est parti d'un geste de mécontentement de sa part, d'un besoin d'attention et de considération qui n'ont pas été satisfaits, car je ne faisais que m'occuper de moi et de la logistique, ... 
Finalement, n'a t'il pas tout simplement exprimé sa colère et exprimé son besoin insatisfait?

Alors, quels sont mes options?

Le forcer à obéir, n'est plus envisageable. 

Ranger moi-même? C'est une possibilité, la plus facile, finalement.
Mais tu aurais l'impression de renoncer à ton rôle de parent. Que va t'il apprendre, si tu fais à sa place? Qu'il peut tout envoyer valser sans conséquence? 

 Alors?

Soit tu laisses les choses en état et tu y reviendras avec lui, un peu plus tard, histoire de faire baisser la tension émotionnelle

Soit, tu tentes, à cet instant, de changer la donne. De passer d'un rapport Dominant/dominé, ordonner/obéir, à un rapport de coopération, dans le respect mutuel.
Il a besoin d'attention et de considération
Tu as besoin de sérénité, et pour cela d'ordre.

J'ai respiré, j'ai souri et j'ai adouci mon ton de voix.
- Je crois que nous sommes tous les deux en colère. Tu veux que nous jouions ensemble? On va jouer à la ludothèque. Mais pour cela, j'ai besoin que tu ranges d'abord ce que tu as mis par terre. Tu veux bien, s'il te plaît?
Mon fil a tout rangé. Et il y a mis du coeur, en plus .
J'étais prête à amorcer le mouvement, s'il ne s'exécutait pas.
J'étais prête à lâcher prise et à renouveler ma demande après la ludothèque.

Mais il a suffit que je change mon intention: la coopération, avec possibilité de refus, au lieu de l'obéissance, sans tolérer de résistance, pour qu'il réponde à mon besoin et se mette à ranger.
C'est cela l'éducation bienveillante.
Une éducation ni autoritaire, ni abandonnique ( ou laxiste)

Du coup, je m'en suis voulue d'avoir encore cédé à ma colère...
Je l'ai complimenté " je suis contente, tu as bien rangé", et je lui ai fait un câlin, en m'excusant de lui avoir crié dessus.
Je suis sur le chemin d'une éducation bienveillante, mais j'ai encore du travail.
Pas facile de se débarrasser des habitudes éducatives apprises, d'autant plus quand l'entourage, l'environnement exerce une pression en brandissant cet idéal d'enfant sage...

Marshall Rosenberg, le père fondateur de la Communication Non Violente racontait dans ses conférences que lors du procès d'Adolf Heichman, un commandant nazis, celui-ci avait affirmé que cela avait été facile d'envoyer des milliers de gens à la mort. Parce qu'il s'agissait de bureaucratie. Il devait le faire. C'était les ordres. Et on ne discute pas les ordres.
Voilà vers quelles dérives, apprendre à nos enfants à obéir absolument, à obéir avant tout, à obéir sous peine de représailles, de punition, de fessées, d'insultes, peut mener...
Et ce n'est pas ce que je veux pour mes enfants.
Je souhaite préserver leur capacité de choix
Je souhaite leur apprendre qu'ils peuvent choisir.
Notre éducation nous a appris qu'un enfant n'avait pas d'autre choix que de faire ce qu'on lui dit.
Mais nous avons toujours le choix.
Et nier la possibilité de choisir, c'est nier notre humanité.


2 commentaires:

Je suis en pleine relecture d'ouvrages sur les émotions en ce moment et ce billet est fort à-propos. Je crois que l'on est plus à même d'"accueillir" les émotions d'autrui quand on est soi-même capable d'accepter ses propres émotions. J'y travaille... Merci pour ces billets toujours justes et instructifs sur soi. Bon dimanche !

Merci Evelyne:)
nos émotions... Elles n'ont pas fini de nous faire cogiter ;) belle journée printanière!

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