lundi 27 avril 2015

MATIN


Matin de silence
Matin de vacuité émotionnelle.
Tel un battement d'aile. 

C'est étrange. Et bouleversant. 
Il me semble, la tête sur l'oreiller, me redécouvrir à chaque jour naissant. 

Mon cœur bat. Mon souffle est un murmure et mon regard s'attarde sous mes paupières closes. 
Lumière tamisée...

Une nuit m'a enveloppée. 
Et je n'en ressors jamais tout à fait indemne. 
Des désirs se sont exprimés, des angoisses ont murmuré et cette paix avant la vie est un ventre chaud et feutré.  Un repli temporaire ? 
Par heures ou par intermittence.
Abandon du corps. 
Ce que nous pensons, ce que nous ressentons, ce que nous exprimons ...
Que sont donc devenus ces points d'ancrage de notre conscience? 
Chaque nuit nous revenons à nos liens obscurs, ceux que l'on a soigneusement rangé  à l'abri de notre raison. 
Assouplir nos certitudes. 
Notre regard parfois si droit sur le monde. Il semble tout à coup que ce qui se veut vérité... Ondule...
Que cette vie ne peut être seuls mouvement et conscience, mais aussi repli et silence...
Existence de lumière et de poussière qu'une averse de rêve inonde.
Matière fluide et légère, source de vie Insaisissable...

Chaque nuit est un voyage dans notre intériorité, un retour à ce petit royaume secret, ce refuge de notre subjectivité.

Mes rêves ont le froissement des feuilles vertes
Ils ont le tressaillement des pétales en corolles à l'affleurement de mon souffle
Je me faufile dans leurs replis comme dans un coquillage entre ouvert..
Et lentement. A chaque mouvement... Je m'ouvre... Je danse sur un fil de songes, je virevolte dans un champ d'herbes folles. Je plonge. Je vole. Je flotte.
Jusqu'à ce que je comprenne.. 
Que je peux desserrer l'étau de mes connaissances, de mes ignorances.
Que je peux être, juste être.
Sans rien avoir à rechercher,ni à prouver. 
Se contenter d'être.
Dans cette joie océanique.
Un tel soulagement me comble alors...

La douceur de l'oreiller. 
Matin de coton. 
Chaque jour.
Naître en ce monde. 

Se glisser dans nos petits gestes habituels, ces rituels qui nous ancrent si fidèlement dans ce monde. S'en remettre à cette petite mécanique de l'éveil. 
Et chaque jour, 
être.
Juste accord. 

Illustration: Caspar David Friedrich, "Femme au coucher du soleil", 1918, Essen.

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

Si vous souhaitez laisser un commentaire, c'est ici.

Share

Twitter Delicious Facebook Digg Stumbleupon Favorites More