jeudi 26 novembre 2015

QUEL MONDE ?



Après les attentats, spontanément, je crois avoir senti naître en moi un besoin de me protéger de ce monde extérieur effrayant et source d'horreurs.
L'avez-vous ressenti vous aussi?
Ce besoin de se recroqueviller sur son noyau familial, de se plonger dans ses petites routines quotidiennes rassurantes qui nous disent que la vie continue, que notre petit monde est toujours là.
Ce besoin de prendre des nouvelles des gens que l'on aime, de se câliner mutuellement, de retrouver du sens et de la cohérence à vivre dans ce monde un peu fou.

Et puis, j'ai observé mon esprit tenter un raisonnement, s'aventurer à rechercher une certaine logique à tout ça. Tenter de comprendre les agresseurs, comprendre les réactions de colères, comprendre la peur et la violence. Tenter aussi d'anticiper l'avenir.

Pour finalement me rendre compte que les circonstances, causes et conséquences de cette barbarie m'échappaient et continueraient à m'échapper. Que la vérité est multiple et mon point de vue ignorant.
Au fond, quelle action pouvais-je mener sur le monde?

C'est alors qu'une phrase de Djalâl-od-Dîn Rûmî m'a interpellée:

 "Hier, j'étais intelligent et je voulais changer le monde. Aujourd'hui, je suis sage et je me change moi-même."

C'est là que j'ai trouvé du sens, de la cohérence, et une possibilité d'action.
De ce monde, je suis un élément.
Petit élément, certes, mais au fond, le chantier en soi est si vaste!

Si je ne peux agir sur la violence du monde, peut être puis-je tenter de travailler sur ma propre violence?
Ai je des comportements violents? Des paroles violentes? Des pensées violentes?
Envers qui?
Ceux que j'aime? Ceux que je connais? Ceux que je cotoie? Les autres que je ne connais pas? Qui me font peur?
Et envers moi?

Oui. Le chantier est vaste.
C'est chaque jour, prendre conscience de cette part de violence qui existe en nous, qui s'exprime et fait du mal.
C'est chaque jour, fournir l'effort de se décentrer de cette pulsion agressive, et de cibler les pensées à l'origine pour les remettre en question. C'est choisir une autre façon de dire, de faire, de voir les autres, de se voir soi-même.
C'est chaque jour, reconnaître que ces mots-là, ce ton-là, ce geste-là ont pu blesser, et tenter de réparer.
C'est faire de son mieux, dans un mieux fluctuant, en constante évolution, pour voir se déployer en soi une façon d'être, une façon de faire en accord avec ces valeurs d'amour et de paix, que l'on souhaite tant voir fleurir dans l'avenir de nos enfants.

Ces valeurs, si belles, sont comme des fleurs délicates, épineuses.
Nous avons à les porter en nous, à les faire vivre en nous, afin qu'elles s'étendent dans nos âmes et se propagent chez nos enfants.

Certains jours, on y arrive mieux. Parfois, on échoue et on s'en veut.
C'est normal.
Qui a dit que le chemin serait plat et dégagé?
Un chantier demande de la persévérance et de la foi.
De la connaissance et de l'attention.

Chaque soir, en me couchant je repense à ces instants du jour qui font déjà parti de mon passé.
Je constate ce qui a été difficile, ce qui a été douloureux. Je gratte mes croyances afin d'y déterrer mes préjugés, je guette mes critiques, mes jugements, afin de les dénoncer. Puis, je prends le balai de l'Amour, et je m'active à pardonner. A me pardonner. Je sais que je ne suis plus celle d'hier, mais bien celle de maintenant. Que ce qui compte, c'est maintenant, à la lumière de ce que mes erreurs m'ont appris.
C'est alors,que, je tourne ma conscience vers ces instants de bonheur, de douceur, de paix vécues. Je me laisse à nouveau envahir par les émotions positives que j'ai pu vivre dans la journée et je remercie cette vie pour toutes ces grâces que j'ai pu cueillir au passage, humer, savourer, prolonger, partager.
Ma conscience s'abandonne, s'endort peu à peu , sous le parfums de ces fleurs, dont je conserve en mon coeur la caresse.

Et chaque matin, en me levant, je me plonge avec délice dans cette eau claire de la Conscience.
Je vis.
Ici et maintenant.
Le voici, mon miracle du jour!
Et tout en accomplissant mes petites routines matinales, je remercie la Vie pour toutes les grâces que cette nouvelle journée va m'offrir. Peu importe les soucis. Ils sont là, ils existent et seront traités, mais bon sang, comme il est doux de songer aux petits bonheurs que nous réserve cette journée..
J'ai en moi cette certitude que de petits cadeaux vont parsemer ma journée, et que si je reste attentive, je saurais les trouver et les ouvrir.
Et chaque jour, je les trouve! Pas tous, certainement, mais demain je ferai mieux.
Et quand je les ouvre, c'est le même émerveillement, la même joie dans mon coeur.

J'ai aussi en moi cette certitude que je peux en créer, quand par exemple, je réussis à vivre un instant de colère, de peur, d'émotions déplaisantes, à le traverser sans violence et à y mettre un peu de positif.
J'ai alors la sensation incroyable de voir d'une mauvaise graine fleurir une petite fleur blanche.
Elle est toute fragile, je me sens maladroite, mais elle est bien là et avec elle, mon monde s'embellit.

Le monde. Que savons-nous véritablement du monde?
Que croyons nous savoir?
Ce monde que je perçois, à l'instant où je vous écris, la connaissance que je peux en avoir, là maintenant, est elle la même que vous?
Savez-vous par exemple que les dinosaures n'ont pas disparu de la Terre?
Que les oiseaux sont des dinosaures?
Que les entrailles de la Terre cacheraient un gigantesque océan dont nous ignorons tout?
Que nous habitons un amas de galaxies appelé Laniakéa, c'est à dire "paradis incommensurable"?
Que la nature qui nous entoure, n'est pas qu'une simple ressource en matière première, mais une véritable bibliothèque, dont nous ignorons encore tant de choses! Partout dans ce monde, des scientifiques tentent de la déchiffrer, mais parce que nous pensons l'argent plus important que le savoir,  au lieu d'apprendre à la lire, nous continuons à la brûler...

Il n'existe pas un monde, mais bien des mondes.
Il n'existe pas un monde possible, mais une multitude de possibilités pour le monde à venir.

"Rien ne se perd. Rien ne se crée. Tout se transforme. " 

Tous, nous avons à porter notre monde, à le transformer, à l'embellir.
Car ce sont nos petits mondes qui influent par micro touches sur le monde en devenir...
Pensez-y.
C'est ici et maintenant.
Et c'est pour demain. 

 
Illustration: Edward Robert Hughes, peintre préraphaelite anglais



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