vendredi 10 février 2017

COUP DE GUEULE


Je ne suis pas une personne très "tactile".
Quand je peux éviter de faire la bise, ou de serrer la main, je m'en passe allègrement.
Les gens qui ouvrent leurs bras, qui me serrent contre leurs cœurs, et bien, ça me met mal à l'aise.
Pourquoi? Et bien, c'est inhabituel pour moi et même si ce n'est pas désagréable, inévitablement, je me raidis.
Oui, je sais, tout cela manque de chaleur...

Pourquoi suis-je ainsi?
Et bien, tout simplement, parce que je n'ai pas appris à recevoir de l'affection de cette manière.
Et puis, les "mauvaises rencontres" existent et vous apprennent à garder vos distances.

Je n'ai pas de souvenir de moments tendres, de câlins avec mes parents.
Je crois que bébé, j'ai du recevoir des caresses, des embrassades.
Mais ensuite....
C'est le vide.
Peut être, est-ce arrivé, mais pas de manière suffisamment répétée pour que ça s'inscrive dans ma mémoire épisodique.
Par contre, les gifles, les fessées, les brimades et punitions, oui.

Je n'en suis pas morte.
Pas comme ce petit garçon, forcé de courir un soir d'hiver, nu avec son slip trempé d'urine pendant des kilomètres... Yanis, adorable enfant de cinq ans, tabassé à coups de poing et de lampe torche jusqu'à en briser la lampe. Et son crâne.

Non, c'est vrai. Je n'en suis pas morte.
On ne m'a pas brisé comme ce petit.

J'ai été aimé.
Mais lui aussi!
Ses parents vous le diraient.

Alors, au nom de cet "amour",  au nom de ce lien affectif parental, on peut faire du mal !?

Je n'ai pas été brisée, mais sérieusement fragilisée.
Si dans ma vie, on m'a agressée plusieurs fois, ce n'est pas un hasard.
Les prédateurs flairent les personnes vulnérables, les personnes "gentilles", ou plutôt "qui n'osent pas s'opposer" parce que le meilleur moyen de ne pas souffrir est de se fondre dans la masse, de se soumettre à celui qui domine et surtout, de se faire oublier.

Je n'en suis pas morte. Et des milliers d'enfants n'en meurent pas.
On ne fait qu'en guérir.
Mais le mal, et bien oui, il a été fait.
Et je ne suis pas la seule à vivre avec les séquelles d'une enfance où amour et violences ordinaires se sont mêlés.

Pourquoi avoir reculé face à cette loi contre la violence éducative ordinaire?
Combien de temps, allons nous laisser planer cette croyance dysfonctionnelle que l'on peut, que l'on doit "corriger" son enfant?
Lui porter atteinte physiquement, pour qu'il apprenne?! L'humilier? L'insulter?

C'est dur d'être parent.
On le sait.
Mais ça pourrait l'être moins,
avec des outils éducatifs transmis à tous,
avec une communauté parentale active, à l'écoute, étayante,
avec des règles claires pour tout le monde : on ne frappe pas un enfant! Point barre.
Une loi est nécessaire pour avancer tous ensemble sur ce chemin. C'est le premier pas.

Voilà, c'est mon coup de gueule de ce jour.
Je dis STOP !
Arrêtons de placer le respect de la vie privée avant le respect des droits de l'enfant.
Ce qu'on appelle "une vie privée" peut être l'enfer d'un enfant et le priver de sa vie.

Combien de temps?
Combien d'autres enfants tués?
Ouvrons les yeux!



Illustration: Pour toi, Yanis, 5 ans. Parce qu'avant de devenir un horrible fait divers : tu étais un petit enfant.

2 commentaires:

Bonjour,
comme je partage votre colère !!! Comment peut-on se vanter d'être des être "évolués" et traiter nos semblables de cette manière ???
Merci pour ce billet !
Belle journée

Merci de mettre des mots sur ce qui nous fait tant pleurer ...

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